Description de l’A.O.D.

La maladie de KJER [kièr] ou Atrophie Optique Dominante (AOD)

Pkjer WP2013En 1959, l’ophtalmologue danois Paul KJER [ᴋièr] décrit une atrophie infantile du nerf optique d’origine génétique qui se transmet sur le mode dominant. Un seul parent suffit à transmettre la maladie avec une probabilité de 1/2.
Les personnes porteuses de la mutation souffrent d’une perte de la vision bilatérale variable qui peut aller jusqu’à la cécité légale. Cette maladie génétique rare (1/30.000) est connue sous le nom de maladie de KJER.
Cette neuropathie optique héréditaire (NOH) est dénommée Atrophie Optique Dominante (AOD) par les généticiens.

Définition
L’Atrophie Optique Dominante (AOD) ou maladie de KJER est caractérisée par une dégénérescence bilatérale des nerfs optiques qui entraîne une perte de la vue, qui commence généralement durant les 10 premières années de la vie.
Il ne s’agit pas d’une maladie de l’œil, mais d’un défaut de la transmission des informations de l’œil au cerveau. C’est une Neuropathie Optique Héréditaire (NOH) comme la neuropathie de Leber avec laquelle elle partage des similitudes.

Épidémiologie
La prévalence de la maladie varie de 1/10000 au Danemark (à cause d’un effet fondateur) à 1/30000 dans le reste du monde. En France, le laboratoire de biologie moléculaire du CHU d’Angers spécialisé dans le diagnostic des AOD a effectué 450 tests positifs entre 2002 et 2012.

Clinique
Les AOD entraînent une perte de la vision centrale. Ces atteintes se traduisent par une tache sur une zone limitée du centre de la rétine ; elles provoquent une altération de la vision des détails et des couleurs. En revanche, les personnes atteintes conservent une bonne perception de l’espace et du mouvement.
La sévérité de la maladie est très variable, elle peut aller de la normalité à la cécité. Les personnes atteintes ont, en général, une acuité visuelle moyenne (entre 2/10 et 6/10), une perte de la vision centrale, une réduction du champ visuel, un défaut de la perception des couleurs (axe bleu-jaune).
Environ 15% des patients atteints de AOD présentent des pathologies associées variables : surdité, myopathie, atteinte neurologique centrale évoquant une sclérose en plaques, cataracte.
Il semblerait qu’il existe deux formes d’AOD qui se distinguent par leur mode évolutif et leur gravité

Étiologie
Un des gènes en cause dans les AOD a été identifié, en 2000. Une équipe de l’INSERM de Montpellier (France) et une équipe britannique ont montré, simultanément, que le gène OPA 1, situé sur le chromosome 3 dans l’ADN du noyau de la cellule, était muté dans la maladie de KJER. Ce gène OPA1 produit une protéine indispensable au bon fonctionnement des mitochondries. Toute atteinte fonctionnelle d’OPA1 affecte la dynamique et la respiration mitochondriales et augmente la sensibilité des cellules à la mort cellulaire programmée. Aujourd’hui, on connait un autre gène – OPA3 – responsable également de la maladie de KJER. Cette étiologie range les AOD dans l’ensemble des maladies mitochondriales.
Le patient porteur de la mutation a 50% de risque de la transmettre à sa descendance ; un seul parent atteint suffit pour transmettre la mutation.

Diagnostic
Les patients sont diagnostiqués, en général, durant la petite enfance quand une perte d’acuité visuelle bilatérale ne peut être compensée avec les moyens habituels de correction optique.
Dans le cas d’une AOD, l’IRM met en évidence la finesse du nerf optique, on constate des réponses anormales lors du bilan électrophysiologique (notamment au test des damiers centraux), une mutation pathologique connue est révélée par l’analyse génétique soit sur le gène OPA1 très majoritairement, soit sur OPA3. L’examen ophtalmologique du fond de l’œil met en évidence une pâleur de la papille (émergence du nerf optique), correspondant à la disparition des axones des cellules ganglionnaires de la rétine.
Si généralement, le gène est déjà présent chez au moins un des parents, il existe des néo-mutations sans antécédents familiaux. Dans tous les cas, on doit rechercher la mutation dans la famille du patient atteint (père, mère, frères et sœurs).

Pronostic
La perte visuelle peut progresser durant l’adolescence et après mais en général de façon très lente. La perte peut être plus importante chez les patients qui ont des troubles associés extra-oculaires.
A ce jour, il n’y a pas de traitement des AOD. Les personnes les plus atteintes peuvent bénéficier des aides basse-vision. Les patients doivent éviter le tabac et l’alcool ainsi que de médicaments qui peuvent interférer avec le métabolisme des mitochondries.
Les recherches thérapeutiques explorent à la fois les possibilités offertes par les thérapies géniques et les thérapies pharmacologiques. La recherche avance très vite, il n’est pas vain d’espérer.

Suivi
Comme pour toute maladie chronique des examens réguliers sont recommandés :
  • Toute personne atteinte d’une maladie rare doit consulter un centre de référence spécialisé dans les AOD.
  • Faire un examen ophtalmologique régulier pour vérifier l’évolution mais aussi pour corriger d’éventuels problèmes liés à l’œil, et non au nerf optique.
  • Faire, également, un examen orthoptique régulier.

Référence
Lenaers G, Hamel CP, Delettre C et al. Dominant optic atrophy.Orphanet Journal of Rare Diseases. 2012; 7(46). Traduction française du résumé de cet article.

Article original, Jean Louis BERNARD, Éditeur KJER France, 01/01/ 2013
(revu le 22/04/2017)

>>> Liens et compléments sur la maladie

 Dernière modification de cette page par Éditeur KJER France, le 22 avril 2017